Une immonde créature se logeait devant moi. Ces crocs trop acérés flottaient juste sous mon nez et son regard à faire trembler une montagne me foudroyait sur place. Tétanisée, je ne pu plus bouger. Je ne pensais à rien à part au moyen de fuir, mais malheureusement c'était sans issue. Je crus que j'allais me faire dévorer par cette créature. Je repensais à ma famille, mes amis et tous les autres de mon lycée, j'avais quinze ans, et mourir à cet âge là n'était pas très juste.
Soudain, J'entendis un bruit sourd à l'extrémité de la pièce. La bestiole se retourna, laissant échapper sa queue pleine d'épines qui vint fouetter mon ventre. Je volais dix mètres plus loin. J'atterris sur le dos qui me fis instantanément un mal de chien puis, sonnée par le choc, me releva quand même pour pouvoir m'enfuir. Je pensais aussi au pauvre malheureux qui irait, j'en étais certaine, dans la gueule de la créature.
C'est alors que cette silhouette en face du monstre engagea un je ne sais quel combat avec elle. Il utilisait d'étranges armes que je ne connaissais pas malgré que je sois calé dans ce domaine –les combats, les couteaux, les armes à feu ; tous ça m'avaient toujours intéressée. Je fus fascinée par l'aisance avec laquelle l'homme au long manteau noir bougeait. Ce qui m'intriguait le plus fut les sauts de trois mètres qu'il accomplissait presque chaque fois qu'il touchait le sol. Ce fut ahurissant; tellement bien que je restais là à regarder le spectacle, sans bouger un seul cil...
Soudain la situation se renversa avec un coup de patte du monstre dans l'abdomen de l'homme. Il fut propulsé à travers la pièce pour s'étaler sur le mur qui fut dès lors souillé de sang. Incapable de faire un mouvement, il ferma les yeux lorsque la créature avança vers lui, lentement mais sûrement. L'horrible chose était prête à sauter sur sa proie et à la déchiqueter à n'importe quel moment.
C'est alors que, mon corps bougea tout seul et alla se garer juste devant l'homme; j'étais prête à me sacrifier et à satisfaire, je l'espérais, l'appétit du monstre. Oui, le courage montait en moi, je ne sus pas comment mais j'étais prête à donner ma vie pour l'homme qui, juste avant, m'avais sauvée. Je pensais être folle, mais au fond, je m'étais toujours trouvée misérable, alors que devant moi - ou plutôt derrière moi - se trouvait un homme qui valait la peine d'être sauvé car il était courageux de se battre contre un monstre qui faisait deux, même trois fois sa taille. De toute façon, j'en avais marre de la vie monotone que l'on m'avait donnée; au moins là, à mon dernier souffle, j'aurais servi à quelque chose.
Je fermai moi aussi les yeux, revoyais mon père, ma mère, le jour de leur mort.... Je sentis un bras drôlement large - sûrement du monstre - me traverser le corps, plus précisément à l'endroit où il m'avait déjà blessée. Je su alors que tout était fini pour moi...
Je vis l'homme s'approcher de moi juste après avoir achevé la créature et me dire des mots incompréhensibles tellement j'étais amochée. Je vis un instant un éclair; blanc ou bleu, je n'aurait su dire.
La douleur me fit perdre connaissance, sûrement mourir, car je ne pouvais pas dire comment on quittait ce monde...
Je fus donc aspirée dans un long et profond trou noir...



